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22.11.16

Ma vie jusqu'ici


Si vous allez grimper l'Himalaya c'est mieux de ne pas commencer à Paris. Partez du pied de la montagne. On va pas s’emmerder.



Et dans la vie c'est pareil. On ne commence pas tous au même endroit. On n’a pas tous les mêmes chances de réussir.

Perso j’ai eu de la chance. Je fais parti de ceux qui sont entrés dans la vie avec de bonnes cartes en main.

Un pays riche. Libre. Une famille aisée. Sentiment d’appartenir à une classe privilégiée.

Mais dans ces cartes se cachaient aussi quelques avaries. C'était pas de leur faute. Mes parents avaient des problèmes qu'ils n'étaient pas armés pour affronter.

Ca a commencé quand j’avais 6 ans. Le début des emmerdes.

Le prof avait écrit une phrase au tableau qu’on devait déchiffrer. La phrase, c'était “cette famille est heureuse”.

Je me souviens que j'étais assis au fond de la classe à côté d’un autre garçon. Et parce que cette description semblait si loin de notre réalité, j’ai dû faire un effort considérable pour retenir les larmes qui poussaient très fort juste derrière les yeux.

Premier sentiment de tristesse. Le plus intense que j’avais connu jusque-là. Un de mes premiers souvenirs. Les mots "famille" et "heureuse" mis côte à côte m'avait révélé l'évidence. Nous n'étions pas heureux.

Mon père surtout. Pas équipé pour surmonter ce dans quoi il s'était lancé. Alors il a perdu pied. Et il nous a tous entrainé avec lui. Il s’est défoulé. Sur moi surtout. Pas trop sur mes frères et soeurs, heureusement.

Mais il ne m’a jamais frappé. C'était plutôt une entreprise de destruction psychologique. Depuis la fin de mon enfance et pendant le plus clair de mon adolescence.

Ca a pas trop mal marché.

Après quelques années j’étais devenu terrorisé à l'idée de commander un menu Big Mac. Une angoisse et un stress infernal quand je me trouvais en présence d'une autre personne. Incapable de comprendre ou même d'écouter ce qu’on me disait. Un vrai demeuré.

Effacement total de la personnalité. J’ai traversé les années comme un fantôme. Sans aucune prise sur la réalité.

Et à partir de là l’histoire de ma vie est devenue celle d’un gouffre de plus en plus difficile à traverser.

Un gouffre entre des rêves démesurés d'une part, et l'incapacité totale de les réaliser d'autre part.

Je me suis mis à rêver pour m'échapper. Parce qu’on m'avait tellement répété que j'étais un incapable.

Je me suis mis à rêver de grandeur. Et d’ailleurs. Construire des choses qui me dépassait. Des choses considérables. Assez grandes pour compenser le vertige de l'insignifiance.



Mais en même temps le manque total de confiance en moi m'empêchait d'accomplir quoi que ce soit.

On m'avait tellement répété que j'étais bon à rien... Les grandes étapes de la vie m'étaient insurmontables.

Et je me suis retrouvé coincé entre le désir de quelque chose d'exceptionnel et l'incapacité de prétendre ne serait-ce qu'à la normalité.

Alors je me défonçais tous les jours pour rendre mes rêves plus réels.

Et pour me consoler. Pour oublier le gouffre au-dessus duquel je lévitais. Pour oublier la solitude. La réalité. La peur de la réalité.

Et parce que je ne pensais pas être à la hauteur du moindre succès, je me sabotais avant même qu'il ne pointe le bout de son nez.

Du coup j’ai tout raté.

Je voyais les autres avancer et moi je restais bloqué.

Leurs études. Leurs amis. Leurs premiers jobs et leurs carrières qui prenaient forme. Mariage. Premier appart’. Enfants. J’observais tout ça comme un couillon tout seul sur le bord de la touche.

Au fil des années je me suis isolé dans le confort de la solitude. Pour éviter le regard des autres. Pour ne pas être confronté à ma propre réalité.

Et vous savez, j’ai en ai longtemps voulu à mon père. Pour être responsable de mon malaise. Pour m’avoir rendu la vie si compliquée.

Mais j'ai bien fini par me rendre compte de la vérité. Et la vérité, c'est que le seul responsable en fait, c’est moi.

Parce que c’est comme pour tout. Il y a les bonnes raisons. Et puis il y a les vraies raisons.

La bonne raison c’est que mon père a été un enculé faible et irresponsable qui m’a coupé l’herbe sous le pied et m’a empêché d'avancer.

Mais la vraie raison, c’est que je suis le seul à avoir écrit l’histoire de ce qui s’est passé.

Beaucoup de personnes vivent des choses similaires dans leur enfance. Mais personne ne réagit de la même façon.

Nous seuls choisissons ce dont on veut se rappeler. On sélectionne quels souvenirs intégrer ou non dans l’histoire qu’on veut être celle de notre vie. Et on écrit cette histoire. Pour y puiser des forces, ou pour se trouver des excuses, ou pour s'apitoyer sur son sort.

Nous sommes les seuls responsables.

Pensez-y. Combien de choses se sont passées aujourd’hui que nous aurons oubliées ce soir?

Le bâtard qui vous a fait une queue de poisson sur le chemin du bureau. La collègue qui a laissé filé un petit pet très léger, à peine audible, et qui a immédiatement lancé un coup d’oeil circulaire paniqué pour s’assurer que personne n’avait entendu. Vous avez entendu.

Mais on oublie tout ça. Et pourtant on se souvient très bien de certains événements très lointains.

C'est dingue non? On s’en souvient parce qu’on fait l’effort de s’en souvenir. Pour les intégrer à la collection d'événements qu’on imagine être la clef de notre vie.

Et peut-être qu’elle m’arrangeait bien, l’histoire que j’imaginais être celle de ma vie.

Parce qu’elle me donnait une excuse.

C’est facile pour personne de commencer dans la vie. De trouver la lutte dans laquelle on est le moins mal-à-l’aise. De trouver sa place dans le monde. Et puis on s’y fait. On se trouve un point d'ancrage. Et à partir de là on construit. On vit.

Mais moi je m'étais trouvé une bonne excuse pour ne pas entrer dans la vie. Des raisons pour m'apitoyer sur mon sort. Pour ne pas commencer le combat. Alors que tout ce qui comptait, c'était d'avancer.

Donc la vraie question n'est certainement pas de savoir quels événements ont façonné la personne que nous sommes devenue.

La vraie question, c'est de savoir lesquels de ces événements nous permettent d'écrire une histoire qui nous permette d'avancer.

Parce que c'est tout ce qui compte. Ecrire une histoire de notre vie qui nous permette d'avancer.


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31.10.16

Jouer à poil dans l'Océan


Il est un endroit en France que j'ai connu toute ma vie. J'y ai passé chaque été de mon enfance. Et j'y retourne dès que j'en ai l'occasion.



Cet endroit est le plus beau que je connaisse. La nature y est vierge et puissante. Les rouleaux de l'Atlantique s'y fracassent sur des kilomètres de plages abandonnées. Et quand la marée se retire, l'espace s'étend à l'infini. Tout le paysage se pare d'une splendeur qui hypnotise. On peut y jouer à poil dans les vagues, sans jamais y croiser personne.

Au coucher du soleil le ciel devient rouge écarlate. Il se reflète dans l'eau devenue lisse comme un miroir. Tout l'espace se charge d'une chaleur dont s'évapore le passé et l’avenir, pour laisser toute sa place à l'infini de l'instant présent.

Une fois couché, le soleil fait place à des nuits tellement claires qu'il suffit de lever les yeux pour se retrouver projeté dans le cosmos.

C'est un sentiment de grandeur dans la splendeur. Plongée dans la contemplation d’un bonheur serein.

Alors forcément je suis resté un habitué. Cet endroit m'a vu revenir chaque année, un peu changé, depuis toujours.

J'y ai barboté dans l'Océan avec des brassards bleus et blancs. C'est là que j'ai appris à nager. Puis à faire du bodyboard. J'ai failli m'y noyer au moins trois fois.

Ma grand-mère nous emmenait passer tous les après-midis à l'Océan. Après elle nous payait des crêpes au Nutella qu’on dévorait sur la jetée. Je me souviens du sel de mer et du sable qui nous collaient à la peau jusqu'au soir.

J'avais mes copains du coin. Ceux avec qui je suivais les ados qui allaient se tripoter dans les dunes. Et puis, au fur et à mesure, on est devenu ces ados qui allaient tripoter des filles dans les dunes.

Vers 18 ans j'ai commencé à y aller avec mes potes de Paris plutôt qu'avec ma famille. On y fumait des pétards sur le chemin de la plage. On se bourrait la gueule le soir dans les bars du coin.

Et puis en grandissant j'y ai emmené toutes mes copines un peu "sérieuses". Pas une avec qui je n'ai pas niqué en plein air sous le soleil. Sur la plage ou dans les dunes ou le jardin ou dans les bois. Citez-moi un seul plaisir supérieur à ça.

Cet endroit m'a offert des moments qui sont parmi les plus heureux de ma vie vous savez. Mais il m'a vu malheureux, aussi, au fil des années.

Il m'a suivi quand j'allais me réfugier dans les bois pour pleurer derrière la maison quand j'entendais, petit, mes parents se déchirer.

Il m'a vu rongé par la tristesse de grandir dans une famille déprimée. Il a assisté à mon enfance baignée dans l'angoisse noire de mes parents. Et il a observé cette angoisse, petit à petit, devenir la mienne.

Cet endroit m'a vu revenir chaque année, et chaque année il a constaté ma difficulté à avancer. Il a vu se creuser un fossé de plus en plus difficile à traverser.

Et puis il a entrepris de m'aider.

En me montrant à quoi ressemblait le bonheur. En me prouvant que le bonheur était accessible et simple. Réèl et palpable. Parce qu'il suffit d'y respirer et d'ouvrir les yeux pour se sentir profondément heureux.

Il suffit d'y exister pour se mettre à l'abri de la tristesse et des angoisses et des emmerdes. Poisons qui obscurcissent le jugement. Illusions qui prennent les allures de la réalité. Vagues souvenirs, soudain devenus lointains et sans goût au milieu de tant de beauté.

Mais surtout cet endroit m'a assuré que quels que soient mes errements, il existera toujours en ce monde une place pour moi.

Parce que s'il m'a vu revenir chaque année un peu différent, lui n'a jamais changé.

Le même soleil s'y lève chaque matin. Il y projette ses mêmes rayons entre les mêmes pins. La marée s'en va et revient deux fois par jour, depuis toujours. Les dunes y sont toujours caressées par le vent. L'oyat s'y courbe de la même façon. Comme c'est le cas en ce moment. Comme ça s'est passé ce matin. Et comme ça se passera demain matin.

Au fil des années cet endroit est devenu mon ancrage. La fondation de mon âme. Celui qui me permet d'avancer sans angoisse. De poursuivre mes aventures, en les considérant comme un bonus. Parce que je sais qu'il existera toujours un endroit sur lequel me replier. Un paradis secret, dans lequel je pourrai toujours me retrouver. Un bonheur simple et authentique sur lequel je sais pouvoir compter.

J’y retourne pour observer ma vie avec la sincérité de la distance. J'y examine mes priorités et mes projets avec l'esprit clair. J'y puise toutes mes forces.

Et quand je regarde le phare s'éloigner pour une autre année, c'est toujours avec une légère peine mêlée à l'excitation de mes prochaines aventures.

Et quand ça va pas trop parmi les tours de bétons, je ferme les yeux pour me retrouver sur le haut de ma dune. Transporté dans le rouge du soleil qui se couche sur l'océan. Et je respire un grand coup d'air iodé. Et je retrouve cette sérénité. Pour me rappeler combien le bonheur est quelque chose de simple et d'évident, qu'on a trop souvent la faiblesse de se compliquer.



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22.6.16

Je fais quoi ici?

C'est la question que se posent beaucoup d'immigrés.

A un moment on en arrive tous à se demander ce qu'on fout ici. Dans le pays qu'on s'est choisit. Et la réponse n'est pas aussi simple que ça. En tout cas pour moi elle ne l'est pas.



Il n'est jamais question de renier sa culture d'origine. C'est idiot. Un Anglais en Espagne restera un Anglais. Un Marocain en France restera un Marocain. Un Français à New York, un Français.

Mais parfois aussi notre culture d'origine nous retient. Elle peut nous empêcher de nous réinventer dans notre nouveau pays.

Arrive toujours le moment où il faut faire la part des choses. C'est le moment où on se demande ce que l'on fout ici.

Est-ce que je suis ici uniquement pour profiter des opportunités du pays? C'est-à-dire, sans laisser sa culture me déteindre dessus?

Ou au contraire suis-je ici pour m'inventer une toute nouvelle vie? Un nouvelle identité, même. En mettant mes origines et mon passé de côté, parce qu'ils en entravent le chemin?

La plupart des immigrés se situe quelque part entre les deux. Je me situe quelque part entre les deux. Mais où exactement? Il est temps de faire la part des choses.

Déjà je suis Français. En fait, je ne me suis jamais senti aussi Français.

En voici un exemple un peu embarrassant. La semaine dernière j'étais dans un bar à vin en quête de la prochaine poule. Et la chanson d'Alain Souchon s'est mise à jouer. Celle où il rencontre une femme, sur une plage, qui l'embrasse.

A un moment il dit "Des flonflons à la Française".

Je ne sais pas ce que c'est, des flonflons. Un mot tellement con que je ne le taperai même pas dans Google. Mais quand il a prononcé "à la française", sur cette mélodie tellement française, avec tant de poésie dans la voix, mon coeur s'est serré. J'ai un peu tremblé. Parce que d'un coup mon enfance m'a jailli au visage.

Jouer dans les vagues d'une large plage de la côte basque. Déguster une glace avec du sable séché sur les épaules et un goût de sel de mer dans la bouche. Ma grand-mère qui baisse son regard vers ma touffe de cheveux et me demande avec son accent parisien "Alors, elle est bonne ta glace?"

Je resterai toujours profondément français. Par ces souvenirs d'enfance. Ces souvenirs qui font vibrer les cordes du présent.

Et puis Alain Souchon quand même. Vous imaginez? C'est pas anodin. Mais en sortant de ce bar j'ai été encore un peu plus loin. J'ai mis mes écouteurs, et c'est Johnny qui s'est mis à gueuler alors que je descendais 6th Avenue.

Un type qui a toujours été pour moi la mascotte de la beauferie. Parce que je n'y connaissais rien. Certaines de ses paroles sont fabuleuses.

L'intelligence du double-sens qui court tout le long de "Que Je t'aime". La beauté de "Je te Promets". J'arrive pas vraiment à croire que je viens d'écrire ça. C'est le point auquel je suis cé-fran. Je me suis même mis à regarder Bernard Pivot sur Youtube récemment.

Enfin. Ça déprime quand même toutes ces chansons. Elles sont sombres. Tristes et molles. Mais c'est souvent comme ça, quand c'est français. Et c'est aussi pour ça que je me suis mis à les aimer. Parce qu'elles font vibrer cette corde tricolore qu'il m'aura fallu partir pour découvrir.

Et puis je suis Français aussi quand je regarde à travers les hautes fenêtres de Saint-Germain-des-Prés et que je réalise que j'ai beau vivre de l'autre côté de l'Atlantique, mon âme habite toujours derrière ces grandes fenêtres anciennes. Elle ne les a jamais vraiment quittées en fait. Pour mille raisons qui font que la France est la France et que moi je suis moi.

Mais en même temps la France, je l'ai pas quittée pour rien putain. Cette mentalité rétrograde qui pousse des centaines de milliers de gens à manifester contre une loi qui n'est jamais qu'un orteil dans le bon sens. Cette rigidité. Ce pessimisme généralisé. Cette incapacité à avancer. A vivre avec son temps. A aller de l'avant. C'est un truc qui m'a toujours énervé.

Et puis il y aussi ce mauvais esprit très français. Quand le pays va mal, comme en ce moment, on ne se serre pas les coudes comme partout ailleurs. On préfère se défouler sur les autres. On se fout tous sur la gueule dans une sorte de lâcheté agressive, en regardant nos problèmes s'aggraver comme une vache regarde les trains passer.




Et cette volonté de toujours chercher à impressionner... Et cette difficulté à communiquer... Tout ça est fatiguant. C'est aussi pour tout ça que je suis parti.

Aux States j'ai trouvé autre chose. Une culture qui a ces défauts, mais qui valorise aussi la liberté de penser. La diversité d'opinions. L'indépendance, d'esprit et matérielle. Qui pousse chacun à créer pour se réaliser. Qui ne fera jamais rien simplement pour vous décourager. Au contraire.

Alors je fais quoi ici? Ben je commence à y voir un peu plus clair.

Déjà je suis ici pour construire ce dont j'ai toujours rêvé. Pour créer. Parce que ça me fait bander. C'est en vivant ici que j'ai compris que ce qui rend un homme (une femme) vraiment heureux, c'est le fait de créer.

Mais je suis ici pour un peu plus que ça aussi.

Je me suis mis a vraiment aimer la culture US. La mentalité des Ricains. La vie ici. C'est fun. Cool. Excitant. Plus calme aussi, même à New York.

Et j'ai pris certains des bons côtés des Ricains. J'ai cessé de m'énerver pour un rien comme un Français. Même ma copine me l'a fait remarquer. Je suis plus posé. Plus raisonné. Un peu calmé.

Pourtant je resterai toujours étranger à certains aspects des US. Leurs problèmes sociaux par exemple. Le politiquement correct. La façon dont parlent certaines poules. Le fait que la moitié du pays s'apprête à voter pour un type dont même la coiffure est monstrueuse. Sûrement parce que c'est une culture dans laquelle je n'ai pas grandi.

Donc je suis ici pour créer. Et pour vivre ma vie dans un pays dont je partage beaucoup de valeurs. Un pays avec lequel je me sens en phase. Un peu comme un poisson dans l'eau. Un pays où la vie est excitante.

Mais au fond je suis surtout Français, et cette part de moi ne mourra jamais.

Se sentir transporté en pensant aux rues de Paris. Savoir ce que c'est que de croquer dans une Tropézienne devant la Méditerranée.

Se rendre compte que la tristesse peut être aussi belle que le Pont Marie un matin d'hiver gris. Une certaine mélancolie. Une sensibilité à fleur de peau. Un fond de sentiments très français.

Et puis comprendre aussi que le fromage, plus ça pue et plus c'est bon. Toutes ces choses que les Ricains ne soupçonnent pas.

Et l'écriture dans tout ça?

Ben c'est comme le reste. Pas facile de faire la part des choses.

L'anglais, c'est plus facile pour exprimer des idées. Pour avoir une réflexion claire, structurée, articulée. Ça marche mieux.

En français c’est moins facile.

Il suffit de regarder la télé et d'écouter les insupportables digressions de tous ceux qui ne cherchent qu’à impressionner pour s'en convaincre. Au final ils auront parlé pour ne rien dire. Parce que personne n'aura rien compris. Mais on se dira, dans le doute, qu'ils sont peut-être intelligents. Et ca leur suffit. Le language réinventé pour parader, plus que pour communiquer.

Par contre quand il s'agit d'exprimer des sentiments, le français est beaucoup plus percutant.

Mais peut-être que je pense ainsi parce que c'est ma langue natale. Que les mots résonnent en moi parce que je les ai toujours connus. Au contraire de l'anglais. Je sais pas. Mais le français, pour moi en tout cas, c'est mieux pour raconter des histoires.

Donc les histoires que je vais raconter, si je vais en raconter, ce sera sûrement en français.

Et puis de temps en temps je continuerai à venir ici aussi. Parce que vous êtes très sympas.



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23.2.16

Quitter la France


J'ai quitté la France parce que trop de choses m'y emmerdaient.

Et je suis parti aux Etats-Unis parce que beaucoup d'autres m'y attiraient. Mais la vie aux US, parfois, c'est bizarre.


trump
(par exemple)

Des trucs étranges. A l'opposé de ce qui va de soi en France.

En particulier par rapport au travail. Parce que c'est ce qui compte le plus dans la vie d'un Ricain. Leur travail les définit presque entièrement.

Ce qu'ils aiment dans la vie ne compte pas autant. Ce qui les fait vibrer, réfléchir ou aimer. Ce dont ils sont curieux. Tout ce qui donne du goût à la vie. Ca n'a pas tant d'importance. Ce qui compte le plus c'est leur job.

Et c'est pour ça qu'une des toutes premières questions quand vous rencontrez quelqu'un est toujours What do you do?

La réponse à cette question détermine l'ensemble de votre vie. Qui sont vos amis. Qui vous fréquentez. Qui vous baisez. C'est d'ailleurs pour ça qu'il y a autant de mythos.

Des types qui se disent "entrepreneur" mais qui vraiment vendent des trucs sur eBay. 

Des "actors" auto-proclamés qui traînent leur carcasse d'audition en audition pour décrocher un rôle de figurant. Des "writers" qui travaillent depuis trois ans sur un "projet" qui peine à exister ne serait-ce que sur papier.

J'ai beaucoup de respect pour ceux qui essayent de vivre de leur passion vous savez. Mais faut pas déconner.

Et le nombre de mes potes qui racontent N'IMPORTE QUOI dès qu'ils parlent à une fille un peu potable... Ils s'inventent des vies de toute pièce pour la tremper dans quelque chose de plus ou moins baisable. Bon, je ne vais pas trop faire le malin. J'ai souvent été comme ça.

Mais tout ça pour dire qu'en France la considération d'un individu est plus générale. Ce n'est pas qu'une question de ce qu'on fait pour gagner sa croûte. Ce n'est pas qu'une question de succès.

Au contraire d'ailleurs. En France on se méfie du succès. Chez nous le succès est suspect. Vulgaire, même.

Un artiste ne peut pas être vraiment talentueux s'il est populaire. Celui qui aime ce qui est trop répandu manque de goût. L'ambition, au mieux, est une illusion. "Ca march'ra jamais".

Alors qu'aux Etats-Unis le succès c'est tout ce qui compte.

Et ça change pas mal de choses. Des trucs tout cons, et d'autres plus importants aussi.

Par exemple vous savez que lire des romans aux US c'est toujours vu comme une perte de temps? La "Littérature". Cette littérature qui compte tant chez nous. Activité dilettante. Un truc de branleur, vraiment.

Et c'est vrai qu'un roman ne vous apprendra jamais grand chose. Ca ne changera rien à votre carrière en tout cas.

Alors quand on lit aux States c'est pour apprendre. Apprendre pour devenir meilleur dans son job. Plus performant. "Grandir" professionnellement. Apprendre des trucs qui servent tout de suite.

Mais en France la littérature a quelque chose de noble. Parce que c'est l'évasion. Le voyage dans l'imaginaire. Prendre de la hauteur et plonger en profondeur.

Ca sert a rien. Mais parfois aussi ça change des vies. Certains livres ont changé ma vie.

The Goldfinch (en Français ici). Mon préféré.

Vendredi ou les limbes du PacifiqueUn Roman Français aussi. Mais aux US les romans les plus considérables ne seront que des distractions.

Autre différence. L'école.

Aux States on forme des travailleurs. Des rejetons à valeur économique optimisée. En France on privilégie la culture générale. On forme des citoyens.

Ces deux systèmes sont opposés. Ni l'un ni l'autre n'est parfait. Et l'éducation aux Etats-Unis a quelque chose de réducteur.

Mais vivre ici fait aussi réfléchir à des choses qui vont de soi en France. Mais qui n'ont rien de si évident que ça.

Par exemple, vous pensez vraiment que le fait que seul l'Etat puisse payer pour l'éducation des enfants soit forcément une bonne chose?

L'Etat qui choisi de quoi remplir la tête des enfants. Faut vraiment avoir confiance putain. Et si vous ne pensez pas que ce soit un problème, c'est peut être que l'Education Nationale a (trop) bien fait son travail.

Et puis vous trouvez que l'Ecole de la République, dont on est tous si fiers, est aussi fabuleuse qu'on le dit tout le temps? Qui en France croit encore en l'idée "d'ascenseur social" par exemple?

Enfin. On peut allonger la liste des différences entre la France et les Etats-Unis à l'infini.

Mais ce que je veux vraiment vous dire, c'est que je suis heureux de vivre aux US. Mais que je le suis encore plus d'avoir grandi en France.

Parce que c'est vrai qu'on est plus tristes. Plus sensibles aussi. On s'énerve facilement pour rien.

On est grognon et pas toujours très sympa. C'est vrai.

Et peut-être aussi qu'on est trop tourné vers le passé. On se méfie de l'avenir. On a peur d'avancer. On contemple la vie avec une certaine morosité.

Mais on a aussi davantage de recul que les Ricains. Je sais pas. On est beaucoup moins névrosés.

Je vous jure, les petits tracas du quotidien par exemple, ils s'en font des montagnes.

Aux US si vous avez oublié votre parapluie et qu'il se met à pleuvoir c'est vécu comme une catastrophe. Ils vont se haïr pour leur négligence. Se diront qu'ils ne sont pas à la hauteur.

Alors qu'en France, et ben on sera mouillé. Et c'est pas si grave. "Y'a pire" comme on dit.

Et ils se font beaucoup de soucis pour les grandes choses de la vie aussi.

Est-ce que je vais atteindre mes buts? Sont-ils trop ambitieux? Assez ambitieux? Pourrais-je être fier de ma carrière dans 10, 20, 30 ans? Un peu? Beaucoup?

Ces questions leur courent constamment à travers la tête parce qu'elles les définissent presque entièrement. Et elles courent en mode "panic".

En France on est plus cool là-dessus. Parce que c'est la personne que l'on est qui nous définit vraiment. Pas ce que l'on fait. Ca génère moins d'angoisse.

Et les Ricains ne sont jamais satisfaits. Il leur manque toujours quelque chose. Parce qu'ils se comparent constamment les uns aux autres. Et ça, c'est le vrai piège.

Parce que peu importe qui vous êtes, vous trouverez toujours quelqu'un de plus intelligent que vous. De plus riche. Charismatique. Marrant. Quelqu'un qui a plus de succès.

Et mesurer sa propre valeur relativement au succès des autres c'est courir une course dont la ligne d'arrivée s'éloigne à mesure qu'on avance. On n'est jamais content.

En France on a le mérite de savoir que chaque personne est unique. De comprendre que la valeur d'un homme est multiple.

Boire l'apéro entre potes. Lire un bon bouquin sous la couette un soir d'hiver. Sentir la nature s'éveiller au début du printemps. Attraper le regard d'une inconnue dans la rue et le retenir assez longtemps pour échanger un sourire.

Tous ces petits plaisirs qui ne mènent à rien. Mais qui font que la vie vaut vraiment la peine d'être vécue. 

Pour les Ricains, ce sont des distractions sur un chemin sans fin. Alors je suis heureux d'être Français. Et de pouvoir apprécier la vie pour ce qu'elle est. 


"I dreamt of gold and jewels and for sure it was no wonder"


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16.2.16

Bourré dans les rues de New York


Marcher bourré dans les rues de New York a quelque chose de magique.

Alors quand mon pote Seb est venu passer une semaine ici je lui ai réservé ce qu'il y a de mieux. New York, déchirés.

Tournée des dive bars.



Les dive bars sont une institution à travers tous les Etats-Unis.

Ils n'ont rien de glamour. En fait ils sont à l'opposé du glamour. Simples et pas chers. Souvent (très) crades. C'est tout leur charme. Ils sont le ciment d'une société imbibée de bière et de whisky.

Le plan: descendre Manhattan du Nord au Sud et s'arrêter dans un dive bar tous les 10 blocks. Au moins une bière et un shot dans chaque bar. On va pas terminer frais.

Seb m'attendait au coin de 105th Street et Broadway, dans le nord de l'Upper West Side. Ca caillait donc on s'est dirigé vers notre premier spot sans trop traîner. The Abbey.

On s'installe au comptoir. Bud Light et shot de Jameson pour lui et moi.

J'aime bien The Abbey. On s'y sent bien. Tout est en bois et l'odeur du bois a quelque chose de réconfortant. Bill le barman aussi a quelque chose de réconfortant. Un type d'une soixantaine d'année. On peut tout lui raconter parce qu'il a déjà tout entendu. Barman à l'ancienne.

Seb et moi avons repris notre conversation exactement là où on l'avait laissée. Même si on ne s'était pas vus depuis plusieurs mois.

Puis on a payé un shot à Bill pour trinquer ensemble parce que le bar était désolé et qu'il avait l'air de s'emmerder. Et direction le Broadway Dive, sur 101th Street et Broadway. 5 minutes à pieds.

L'ambiance y est à l'opposé de The Abbey. C'est toujours un dive bar. Mais l'ambiance est festive. Et un peu bizarre aussi.

Il y a des couleurs vives. Des guirlandes lumineuses un peu partout. Un scaphandre debout dans un coin et des tubas derrière les bouteilles de whisky. Tout le monde est de bonne humeur. Mais on sent bien qu'en grattant un peu on ferait apparaître quelque chose de très différent.

On s'installe au comptoir. Même chose. Bud Light. Shot de Jameson. Et Seb me parle de notre enfance à Paris.

On était toujours fourré ensemble. Toujours à manigancer notre prochaine connerie.

Capturer un pigeon pour le faire s'envoler en plein cour de français.

Dérober le slip de bain dans le sac d'un type qu'on n'aimait pas et y faire un petit trou, juste assez grand pour qu'une couille en sorte devant tout le monde à la piscine, en cour d'EPS.

Toujours des pétards dans la poche pour les balancer à travers les fenêtres restées ouvertes. Des sales gosses. Une enfance heureuse. C'était bien.

Mais Seb m'a fait une révélation. Ces années d'enfance contenaient ses plus beaux souvenirs. Mais elles avaient aussi un côté très sombre.

Ses parents se disputaient beaucoup. Ca hurlait tous les jours. Ils avaient de gros soucis d'argent et n'en parlaient jamais à Seb. Mais il ressentait leur angoisse et leur tristesse dans chaque pore de sa peau. Dès son plus jeune âge.

Crises d'hystéries de la mère. Attitude soumise et angoissée du père. Qui se défoulait sur mon pote. Sans le frapper, mais en le rabaissant. En l'insultant. En lui crachant son mépris au visage. Il m'en parlait pour la première fois. Ca semblait vraiment l'affecter.

Ces années avaient été celles des joies de l'enfance mais aussi d'une certaine tristesse isolée. Souffrance solitaire d'un petit garçon mal tombé.

Et puis l'adolescence. Aigre-douce, comme son enfance. Mais amplifiée.

On a découvert les joints. Pour nous tous c'était une autre façon de se marrer.

Mais pour Seb, c'était surtout le moyen de rêver. De s'évader. De colorer sa tristesse esseulée en s'envolant vers quelque chose de différent. La poésie de l'évasion. Un grand-écart qui ne présageait rien de bon.

J'avais toujours suspecté qu'il y avait quelque chose de trouble en lui. Sans jamais vraiment mettre le doigt dessus. Ben voilà.

Il était temps de se changer les idées.

Troisième bar: Dive Bar (sur 95th Street). Guinness. Shot de Macallan. Ces deux-là nous ont fait partir. Et j'ai retrouvé le Seb que je connaissais.



Marrant et jovial. Le type que tout le monde aime d'emblée. Le souvenir de son enfance lui donnait des ailes.

Il a payé sa tournée à une bande d'alcoolo ravis et puis direction Jacob's Pickles, sur 85th Street. Pas du tout un dive bar. Mais on y trouverait des filles.

Et là ça jacassait. On s'asseoit à côté de deux filles au comptoir. Le courant passe vite. Jess. Liz.

Elles étaient toutes les deux bien amochées et je leur ai expliqué notre dive bar tour. Elles ont tout-de-suite voulu nous suivre.

On a terminé nos bières et avons marché jusqu'à Dive 75.

Shot pour tout le monde. Les deux filles étaient déchaînées. Elles dansaient ensemble sur le Classic Rock du bar en nous jetant des regards sans équivoque.

Seb a attrapé la plus jolie par la hanche pour l'embrasser en lui glissant une main entre les cuisses. Second shot pour tout le monde.

Il caresse la cuisse de la seconde. La première fait le tour et m'embrasse dans le cou. Je me retrouve avec sa langue dans la bouche. Et puis une des poules hurle "NEXT!!!".

Direction McCoy's dans Hell's Kitchen. C'est là que tout a dégénéré.

Je ne sais plus laquelle des deux filles me pressait la bite à travers le pantalon. Seb doigtait l'autre sous le comptoir.  Elle était assise sur un tabouret et sa jupe lui remontait le long des cuisses. Longues jambes fines. Légèrement bronzées. On a descendu nos bières et sommes tous sortis du bar.

Les deux filles marchaient devant nous. De travers. Elles tenaient à peine sur leur talons-hauts et menaçaient de s'écrouler à tout instant.

Leurs jambes étaient fines. Leurs jupes courtes. Je me disais qu'elles n'étaient vraiment pas mal. Quand tout-à-coup l'une des deux s'est mise à dégueuler en plein sur le trottoir. L'autre la regardait, petrifiée. Et puis elle a fait pareil.

On se retrouvait Seb et moi avec ces deux filles très sexy qui vomissaient leurs entrailles en plein quartier gay de Manhattan. C'était inattendu. Et Seb s'est mis à hurler de rire.

C'était contagieux.

Nous nous sommes retrouvé pliés en deux tous les quatre. Seb et moi pris de fou rire. Les deux malheureuses pour ne pas trop se gerber dessus.

Puis l'une d'elles a levé vers nous des yeux plein de rage. Elle n'était pas contente. Du dégueuli lui coulait sur le menton. GET THE FUCK OUTTA HERE YOU FUCKING FRENCH FUCKS!!!

C'est vrai que c'était pas sympa alors j'ai essayé de me ressaisir pendant que Seb se tordait de rire. 'You're sure you're ok?'

GO THE FUCK AWAY!!!!

Et elle nous a balancé son talon-haut alors qu'on avait déjà le dos tourné. Version New Yorkaise de la babouche marocaine.

La soirée n'était pas finie. On a arrêté un taxi. Direction 23rd Street. Live Bait.

PBR. Shot de Jameson. La serveuse derrière le bar avait des seins considérables. Seb tente une approche. Ça a l'air de marcher. Lui demande son numéro. Se fait refouler. NEXT!!

Old Town sur 18th Street. Un des tous premiers bars de New York. Un des plus sympas aussi. Blindé de monde. Bière. Bière. Shots. Next.

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Et enfin McSorleys. The one and only. L'endroit où l'on va pour boire comme des Irlandais en chantant comme des supporters survoltés.

C'est pas très grand mais vous avez l'impression d'être dans un stade de rugby. Et quand vous en sortez vous vous surprenez à trouver les rues de New York calmes et silencieuses.

On a bu deux bières mais surtout on a mangé. Ham sandwiches. Burgers. Frites. C'était délicieux. On était affamé. Et complètement déchirés.

Et puis en sortant Seb m'a fait une seconde révélation. Quelque chose dont je n'avais pas non-plus la moindre idée.

Ca faisait maintenant presque deux ans qu'il avait arrêté. Mais en sortant de l'adolescence il ne s'était pas contenté de continuer à fumer des joints. Il avait pris d'autres trucs. Des trucs très forts. Des trucs qui vous font tout oublier mais qui finissent généralement par vous tuer. Junkie des beaux quartiers.

En fait, il était resté toute sa vie le petit garçon dont le coeur avait trempé trop tôt dans l'angoisse et la tristesse de ses parents. C'était inscrit tout au fond de lui. Depuis le début.

Et puis son père. Abusif. Personnalité brisée. Difficulté à croire en soi. Impossibilité de se développer.

Alors il s'est mis à rêver. Des rêves grandioses. C'était le moyen de s'échapper. Un grand-écart entre désirs démesurés et une réalité qui lui dérobait toute possibilité d'avancer. Un grand-écart beaucoup trop grand pour être refermé.

Et bien sûr sa réalité s'est aggravée au fil des années. Parce qu'il refusait de la confronter. Il ne faisait que rêver.

L'enfant souvent triste est devenu un adolescent qui se défoncait pour espérer. Et finalement un adulte qui n'arrivait à rien.

Son grand-écart était l'histoire de sa vie. Et sa vie était une impasse. Jusqu'à ce qu'il se rende compte de quelque chose qui a tout changé.

Le bonheur n'est ni dans les espoirs et les rêves qu'on fabrique pour s'échapper, ni dans la réalité, parfois triste et qui se termine mal pour tout le monde.

Le bonheur se situe quelque part entre les deux.

Quelque part dans l'espace qui sépare les étoiles. Dans le silence entre les notes. Quelque part entre l'acceptation froide de sa réalité et ce que l'on met en oeuvre pour l'améliorer.

Il fallait prendre sa vie de face, pour ce qu'elle est vraiment. Rester debout contre le vent. Et Seb a décidé de tout arrêter. Et de commencer à vivre pour de bon.

Son histoire m'a faite penser à ma semaine passée à Burning Man. Ce festival au milieu du désert. Au terme duquel tout brûle. Une semaine, et rien ne reste.

Vous savez dès le début que tout finira par partir en fumée. Que tout ce que vous voyez est éphémère. Que tout va disparaître.

Alors votre instinct est de donner du poids à cette réalité trop fragile. De lui donner du poids en la remplissant de vie. D'extraire de chaque seconde autant de vie que vous le pouvez. L'intensité de l'expérience en devient considérable.

Et si la vie a un sens c'est peut-être ça. Avoir toujours conscience qu'elle finira par partir en fumée. Pour profiter de chaque instant. Et pour en faire ce que l'on veut vraiment.


'If you believe in yourself
You can free your soul'


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1.2.16

Ces feignasses de New Yorkaises


Les New Yorkaises sont de vraies feignasses. A la maison en tout cas. Elles n'en foutent PAS UNE.

feignasse

Alors pour se mettre à quatre pattes dans la salle de bain et vous sucer à deux mains aucun soucis. Mais pour passer l'aspirateur, plus personne.

Alors peut-être que je me trompe. Mais au risque d'en faire hurler plus d'une j'ai l'impression qu'en France ce sont les filles qui sont responsables de la maison. Elles ne sont évidemment pas les seules à astiquer. Mais elles en sont responsables. Non?

Ce sont elles qui crient sur leur copain si la cuisine est dégueulasse. Elles qui sortent la poubelle. Changent les ampoules. Nettoient les chiottes. C'est pas comme ça chez vous? J'ai l'impression qu'en France c'est souvent le cas.

Mais aux US c'est souvent le contraire.

La poule de New York ne fait rien.

Seuls les mecs sont responsables de la maison. Ils la protègent de l'extérieur et s'assurent que tout est en ordre à l'intérieur.

Ils nettoient si besoin. Rangent quand c'est nécessaire. Cuisinent. Et surtout il sortent la poubelle.

Chaque copine New Yorkaise m'a dit à un moment ou à un autre que le fait de voir un homme sortir la poubelle était excitant. Terriblement excitant.

A les entendre, quand vous passez la porte avec un sac en plastique rempli d'ordures automatiquement elles mouillent un peu.

C'était peut-être une basse manipulation de leur part. Allez savoir. Mais j'ai quand-même beaucoup niqué après un aller-retour au vide-ordures.

Alors je vais vous dire. Je suis pas du tout macho. En tout cas pas trop.

Mais parfois ce serait quand même sympathique de rentrer à la maison et d'avoir un bon steak à se mettre sous la dent. Ou de ne pas forcément avoir à débarrasser. Juste une fois de temps de temps.

Eh ben ça n'arrive jamais. Elles ne cuisinent pas. Ne nettoient que quand c'est indispensable. Ne font presque jamais la vaisselle. Et quand c'est le cas putain que ça râle.

Mais c'est sans doute parce que les Ricains ont une génération d'avance quand on en vient aux questions de genres.

Par exemple si vous leur faites une remarque clairement sexiste elles se mettront à rire parce que ça ne leur viendrait pas à l'idée de la prendre au sérieux. Pour elles ces choses-là sont dépassées. Elles appartiennent à une époque qui leur est étrangère. Celle de leurs grand-mères ou de leurs arrière-grand-mères.

Maintenant dites la même chose à une Française. Dites-lui de se dépêcher de terminer la vaisselle parce qu'elle a une pipe à venir tailler devant la télé. Vous passerez à travers la fenêtre.

Parce que ces choses-là n'ont pas encore été digérées. Souvent cette réalité etait celle de leurs propres mères.

Alors le fait est que les Américaines ou en tout cas les New Yorkaises sont bien plus 'libérées' que les Françaises. Elles sont moins sensibles en ce qui concerne leur genre. L'égalité pour elles est acquise et n'est plus l'objet de toutes les susceptibilités (bien qu'elles restent moins bien payées que les hommes, mais c'est autre chose).

Et c'est tellement mieux comme ça. Les relations entre sexes sont apaisées. C'est beaucoup plus fun.

Une New Yorkaise n'est pas vue "comme une pute" si elle couche dès le premier soir.

Pareil si elle prend les devants.

Elles peuvent aborder un garçon et lui demander s'il est libre ce soir et l'inviter à monter chez elles après quelques verres. Ca ne pose pas de problème. Elles sont simplement vues comme des filles 'funs' que le fait de connaître est une chance. Alors elles n'hésitent pas.

Et quelle différence d'avec la France. C'est la première chose qui m'avait vraiment marquée en arrivant ici.

Et pour les hommes c'est gagnant-gagnant.

Ou bien ils recherchent une égale en leur compagne et ils ont l'embarras du choix.

Ou bien ils font parti de cette espèce de machos qui considèrent les femmes comme des êtres adorables mais franchement à part. Et ça leur confère le charme de ce qui est désuet. L'attrait du vieux continent. Tout le monde est gagnant.



'Pleased to meet you baby I'm your fool'


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13.1.16

La jambe de Mathilde


Elle avait 17 ans et moi aussi. Je le sais parce que c'était l'été des résultats du bac Français.

Nous étions allongés sur un matelas gonflable dans la piscine. Mathilde et moi. On flottait côte à côte dans la nuit en regardant les étoiles. C'était cool.

Elle ne portait qu'un petit maillot beige. Je sentais la douceur de sa cuisse contre le dos de ma main. Sa peau humide frottait la mienne. Ses jambes longues et bronzées. J'étais super excité mais absolument terrifié. J'étais très timide.



J'aurais rêvé de trouver le courage de tourner ma main. Simplement tourner la main. Franchir cette ligne qui sépare le couillon qui n'ose pas de celui qui tente un truc. Passer en une seconde du rien du tout au monde magique des possibilités infinies.

Tenir sa cuisse bronzée dans le creux de ma main. Lui signifier qu'elle m'attirait. Caresser tout le long de cette jambe splendide. J'aurais tout donné pour trouver le courage de franchir cette ligne invisible.

Mais je n'ai rien fait. Trop timide. Petrifié. Il ne s'est rien passé.

Le pire c'est qu'en y réfléchissant après coup il est évident que Mathilde attendait que je me dégourdisse un peu. Qu'il se passe un truc. Elle riait trop fort à mes blagues pourries. Se tripotait les cheveux nerveusement en parlant. Se frottait l'intérieur de la cuisse. Tous les signes qui ne trompent pas - je n'en ai vu aucun.

Et j'y pense encore, à la douceur de la cuisse de Mathilde. A tout ce qui aurait pu se passer si j'avais eu le courage de tourner la main. J'ai bien dû me branler 1000 fois en me repassant le film. Ca m'arrive encore aujourd'hui pour tout vous dire.

On se serait embrassé. J'aurais caressé l'intérieur de sa cuisse et peut-être qu'elle l'aurait écartée un peu. Ma main aurait été attirée un peu plus haut entre ses jambes. Elle aurait mis sa langue dans ma bouche. Elle aurait gémi un peu.

Et puis on aurait été dans sa chambre et elle se serait cambrée en faisant ressortir ses petites fesses. J'aurais fait glisser le bas de son maillot le long de ses jambes encore humides de la piscine. Et à partir de la j'aurais sans doute fait un truc stupide, mais dans mon rêve tout se passe vraiment bien et j'entends Mathilde crier de plaisir pendant que je m'active sur son cul splendide.

On se serait revus à la rentrée. Elle habitait Versailles donc c'était pas trop loin. Et peut-être qu'elle serait devenue ma copine vous savez.

Peut-être qu'on se serait vu les weekends.

Et peut-être que pour la première fois j'aurais eu quelqu'un dans ma vie qui croyait en moi.

Peut-être que les années qui ont suivies auraient prit un tournant différent. Si j'avais simplement tourné la main. Probablement pas. Mais peut-être.

J'ai passé mon année de terminale complètement défoncé. Toujours en jogging, vêtement officiel de celui qui a abandonné. Affalé en travers des tables de cours en faisant semblant de dormir pour qu'on me laisse tranquille.

A partir de cette période de ma vie toutes les décisions que j'ai prises ont été les mauvaises.

J'étais complètement paumé. Incapable de me projeter dans l'avenir. De me construire un futur. J'étais un fantôme qui passait à travers les couloirs et les années sans aucune prise sur la réalité. La seule chose que je sentais c'était le mur se rapprocher.

J'ai traversé les dix années qui ont suivi dans un brouillard et j'en rendais mon entourage responsable.

J'en voulais à mon père de ne jamais avoir été à la hauteur. A ma mère. A mes potes.

Alors que la vérité c'est que j'étais un garçon déprimé qui n'arrivait pas à avancer. Personne n'y pouvait rien à part moi. Et c'est seulement quand j'en ai pris conscience que les choses ont commencé à s'arranger.

Je me suis forcé à voir la vie autrement. A sortir la tête de l'eau. Personne n'aime un dépressif. C'est tellement chiant un déprimé.

J'ai appris à reconnaître mes pensées négatives et à les bloquer immédiatement (peur, angoisse, jalousie, ressentiment, etc.)

Et je me suis mis à faire plus et à penser moins. Et plus je faisais plus je prenais confiance en moi. Et plus je prenais confiance en moi plus je réussissais. C'était magique. Je me coupais du passé et je me (ré)inventais.

Peu importe que mon père ait toujours été misérable dans son rôle. Peu importe toutes ces années gâchées. Peu importe que Mathilde et moi sommes restés deux inconnus.

La vérité c'est que tout ce qui comptait est ce que je faisais à partir d'aujourd'hui pour avancer. Le passé n'avait plus d'importance parce que je prenais la main sur mon futur.

Ca a été un tournant dans ma vie et quitter mon pays en a fait partie.

J'ai realisé que la seule influence que le passé peut avoir sur notre futur est celle qu'on lui laisse avoir. Et il peut vraiment nous le gâcher.

Mais en soi le passé n'a pas d'importance. Parce qu'on ne peut rien y changer. Tout ce qui compte c'est l'avenir. Et il ne tient qu'à nous de l'écrire.

Le soir du réveillon j'ai rencontré une fille qui avait l'âge de Mathilde de la piscine. Elle n'avait pas l'air dans son assiette. Elle aussi semblait paumée.

Alors je lui ai dit tout ce que le type qui était allongé à côté de Mathilde aurait dû entendre.

Qu'il y a 18 ans elle venait à peine de naître donc que ces années lui apparaissaient comme une éternité. Mais que les 18 prochaines années allaient passer en un clin d'oeil.

Qu'elle se réveillerait peut-être un matin en se demandant où toutes ces années sont passées. Flanquée d'une vie qu'elle n'aura pas forcément choisie. Une vie imposée par les circonstances.

Et que le seul moyen d'éviter ça c'était de la prendre en main. De se mettre du plomb dans la tête dès maintenant. Pour ne pas avoir à le faire dans 18 ans.


'I can remember when I saw her last'
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