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10.2.13

Les petites cases


On a déjà parlé ici du formatage très poussé de la société US.  Alors quand on en vient aux lieux les plus soumis au formatage, à savoir le collège-lycée, on atteint des niveaux franchement extrêmes.

Karina m'a récemment décrit comment les choses se passent dans les high schools et les universités américaines:

Tout en bas de la hiérarchie des étudiants, vous trouverez les fameux "nerds".  Ils ne feraient que bosser leurs cours, sont généralement assez moches et socialement totalement inaptes.  Viennent ensuite les "maggots", ou "asticots".  Ceux-ci jouent dans la chorale de l'école, et tiennent leur charmante appellation de leur aspect sur les terrains de sports.  Ils sont généralement de gentils petits étudiants, qui ne prennent pas de drogues, travaillent bien à l'école et admirent les Jocks, stars des différentes "sports teams" de l'école qui sont, eux, placés assez haut dans la hiérarchie.

Tout en haut de celle-ci, vous trouverez les "populars", un peu comme chez nous.  Inattaquables, ils se structurent en petits groupes de cinq-six personnes, et tirent leur popularité de l'envie qu'ils suscitent.  Finalement, un peu à part de cette hiérarchie, mais pas très haut non-plus, vous trouverez les "burnouts", qui passent le plus clair de leur temps à se défoncer (et la défonce aux States, c'est sérieux: beuh, coke et champis à tous les rateliers).


Toutes ces petites cases dans lesquelles ranger les individus peuvent paraître pour le moins réductrices.  Cependant, il faut bien comprendre que la société américaine est aussi diverse qu'unie, et que les différences entre ces groupes ne sont pas forcément excluantes.

Certes, personne ne trouvera beaucoup d'intérêt à traîner avec les nerds, mais à cette exception près, les différents groupes se respectent et se mélangent, certains individus appartenant d'ailleurs à plusieurs groupes différents.

Au-delà des high schools et des universités, ce type de formatage s'étend à l'ensemble de la société US, et là encore, les différences entre les individus ne sont pas forcément excluantes.  L'Histoire de la société américaine étant somme toute assez récente, chacun a bien conscience d'appartenir à une Nation jeune, ce qui est extrêmement fédérateur.  Contrairement aux Européens, dont l'Histoire est beaucoup plus riche, ancienne et complexe, les Américains comprennent le monde d'aujourd'hui comme la conséquence directe et immédiate de la construction récente de leur Nation et de leur Etat.  Et ça, ça rapproche.

Cela permet paradoxalement d'avoir à la fois une société très structurée et formatée, et des individus qui se réalisent en fonction de ce qu'ils sont réellement, de leurs désirs, sans que les conventions et la pensée dominante n'entravent leurs parcours de vie plus que ça.  Car aux States, la pensée dominante est aussi caractérisée par une certaine bienveillance à l'égard des autres, et un soutien à ceux qui entreprennent de faire de leur vie quelque chose de singulier, qui leur ressemble vraiment, sans forcément tenir compte des conventions.

C'est d'ailleurs ainsi que trois petits Juifs chétifs de Brooklyn écrivent le plus "wicked" des raps, qu'un Noir soit un des locataires les plus populaires qui n'aient jamais habités la Maison Blanche, ou encore que les entreprises les plus innovantes se trouvent être américaines.  Vous imaginez ça en France, sérieusement?

Pour finir, un autre aspect, plus anecdotique, du formatage version US: l'hygiène.  Les Américains sont complètement OBSEDES par la propreté, à tel point que ça touche parfois au ridicule.  Je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler un crade, mais quand je vois Karina refuser de boire à la même bouteille que moi juste après que je l'ai enculée pendant une demi-heure, eh ben ça me fait quand même un peu sourire.



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