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8.11.16

Voter Républicain


Donc demain matin vous vous réveillerez en apprenant qui sera le prochain Président des Stazounis.

Moi aussi je ne l'apprendrai que demain matin pour tout vous dire. Comptez pas sur moi pour rester sobre ou même éveillé pour assister au Cataclysme Mondial ou au Grand Soulagement.

Non merci. Je vais bouffer un Xanax autour de 21h et apprendre la nouvelle en me réveillant 12 heures plus tard. Une fois que l'essentiel de la tempête sera passé.

Mais en suivant cette élection et toutes les autres, on arrive forcément à s'interroger devant cette fameuse carte électorale.



C'est frappant. L'essentiel du territoire est tout rouge et vote Républicain. Seuls les quelques Etats surpeuplés du littoral, genre Californie Washington ou New York, sont à majorité Démocrate.

Alors se pose la question. Pourquoi ces "Flyover States" comme on les appelle, c'est-à-dire ces États qu'on se contente de survoler en avion, votent-ils tous Républicains? Pourquoi ces États ruraux, essentiellement pauvres, accordent-ils des majorités si écrasantes aux conservateurs?

En tant que Français ça a de quoi surprendre. On se dit Républicains = peu de dépenses publiques = pas bon pour les pauvres = les paysans crèvent la dalle et meurent en travers des chemins.

Et Démocrates = grosses dépenses publiques = écoles + sécu + aides aux plus pauvres = bon pour les pauvres = bon pour les paysans.

Sauf que les States c'est pas la France. Et si on comprend un tout petit peu ce pays, le fait que les États ruraux soient essentiellement conservateurs ne surprend pas tant que ça.

En fait la distinction qui fait sens n'est pas pauvres vs. riches (comme en France). La vraie distinction, c'est: individualisme rural vs. collectivisme urbain.

Quand vous vivez dans une grande ville, vous avez forcément un "sens de la communauté" plus aiguisé.

Vous voyez la pauvreté dans la rue. Vous bossez tout en sachant que vous pouvez perdre votre taff le lendemain. Vos enfants vont à l'école du coin, jusqu'à ce que vous ne déménagiez et qu'ils aillent dans une autre école. Etc.

En un mot vous êtes totalement intégré au système. Vous dépendez du système. Pour assurer ne serait-ce que la survie des plus pauvres et éviter qu'ils ne tentent d'égorger vos fils et vos compagnes. Ou, le cas échéant, que la police se charge de vous protéger.

Vous dépendez du système pour garantir le maintien de votre train de vie si vous perdez votre job. Ou si vous tombez malade. Etc.

A la campagne c'est différent. Dans le Kansas ou l'Alabama ou le Montana on se fout complètement de tout ça.

On est "self-sufficient". Pour faire simple, on laboure sa terre aujourd'hui comme on l'a fait hier et comme on le fera demain. On envoie ses enfants à l'école du coin. Et si quelqu'un s'introduit chez vous vous lui collez une balle dans le pruneau et le problème est reglé.

Bref, vous vous démerdez. La vie est moins incertaine, vous dépendez surtout de vous-mêmes et vous n'attendez rien de personne. Et surtout pas d'un Etat fédéral qui va vous dicter sa loi en s'immisçant dans la façon dont vous vivez votre vie.

Ce qu'on attend de l'Etat à la campagne, c'est avant tout qu'il vous foute la paix.

Qu'il vous force à payer le moins d'impôt possible. Qu'il s'interpose le moins possible, et en particulier qu'il ne s'oppose pas au droit de vous défendre avec votre 460 Magnum. Parce que tout ce qu'on peut en attendre de l'Etat, à la campagne, c'est des emmerdes. Et des limites imposées aux libertés.

Si vous ajoutez à ça la question des valeurs, souvent religieuses, il devient difficile d'imaginer ces "Flyover States" voter autrement que conservateur.  

Et très sincèrement, si j'avais grandi dans les champs et que je bossais en salopette, je voterais sûrement moi-aussi Républicain.

Pas forcément clown-Républicain-orange-à-perruque.

Mais Républicain quand même.


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11.4.16

Evitons la zonzon


C'est pas marrant la zonzon. Le coup de la savonnette n'est pas un mythe.

En prison on passe l'essentiel de son temps à essayer de survivre aux autres. A éviter de se faire bouffer. Ou tuer ou violer ou massacrer.



Et pourtant.

Pourtant, la façon dont on y punit les détenus c'est en les séparant de tous les autres. En les mettant à l'isolement. C'est dire à quel point la solitude nous est insupportable.

C'est pareil pour les rats cocaïnés.

Toutes les expériences avec des rats et de la coke aboutissent à la même conclusion. Mettez des réserves illimitées de coke à disposition de rats en cage et ils se défoncent jusqu'à ce que ça les tue.

Sauf que dans toutes ces expériences le rat est seul dans une cage vide.

Mais si vous le mettez avec d'autres rats, et que vous leur donnez des roues et d'autres trucs pour qu'ils jouent ensemble, ils vont à peine toucher à la coke.

Ils y goûteront bien sûr. Se défonceront de temps en temps parce que c'est quand même sympathique. Mais pas du tout autant que le rat qui tourne (très vite) en rond, tout seul dans sa cage vide.

Parce qu'ils ont autre chose à foutre. Ils s'amusent. Ils sont entourés. Au contraire du rat esseulé.

C'est terrible, la solitude. On n'est pas programmé pour la supporter.

La solitude, ça vous bouffe de l'intérieur. Ca sape votre volonté. Vous enlève l'envie d'avancer. Vous cesseriez presque d'exister.

La solitude vous retire une partie de votre identité. Vous stagnez. Et votre potentiel s'évapore en fumée.

Alors ne restez pas trop seul. C'est un des pires trucs qui puissent nous arriver.

Et le truc des humains, c'est qu'on peut être seul même en étant très entouré. C'est le cas quand on refuse de partager. Quand on se referme sur soi-même. Parce qu'on a honte. Ou parce qu'on a peur. Ou que sais-je encore.

En particulier, on peut être seul dans une ville très peuplée.

Surtout dans une ville très peuplée. Ou dans des espaces virtuels trop encombrés.

On n'est pas fait pour gérer autant de monde. Notre cerveau n'a pas évolué pour être entouré de tant de personnes. C'est pas naturel.

Alors on élève des murs entre nous et les autres. On se construit des défenses. On se met a l'isolement.

Et on devient très seul.

Ne soyez pas trop seul.


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29.3.16

Le geek et le berbère


A priori rien de commun entre l'art et la technologie.

rockstar


Le poète transporté vers l'infini en scrutant le ciel ne ressemble pas au geek qui se gratte les couilles entre deux lignes de code.

Rien de commun non-plus entre la rockstar héroïnomane ou l'écrivain dandy et l'entrepreneur du web un peu autiste.

Pourtant l'art et la technologie c'est pas si différent que ça. En fait c'est très similaire. C'est même presque pareil.

Parce que ce sont les deux moyens que l'homme a toujours eu pour améliorer sa condition. De rendre sa vie plus sympa. Ou supportable. De façon collective.

Ca fait parti des trucs que j'ai compris dans le désert.

Vous savez, je viens de passer une semaine dans le Sahara. Et c'est fabuleux de s'imaginer comment vivaient les peuples qui ont toujours vécu là-bas. Les Berbères. Les Bédouins. Tous leurs copains.

Ils passaient leur vie à marcher sous un soleil de plomb. Au milieu de rien. Le néant total. Que du sable brûlant aux alentours. Sur des milliers de kilomètres. C'est à devenir fou.

Alors le seul moyen d'échapper à leur condition c'était par l'imagination. En se transportant ailleurs. Se libérer du rien, par l'esprit. Par l'art.

Et leur créativité s'est exprimée en musique. Dans leurs vêtements. Leurs contes. Leurs armes aussi.

La journée ils vivaient dans le vide d'une fournaise infernale. Mais la nuit ils voyageaient à travers le cosmos.

Et c'est pareil pour nous. On vit souvent dans un néant de sens. "Sens" comme dans "ce qui a du sens", et comme dans "sensoriel" aussi.

Beaucoup d'entre nous passons des journées entières à accomplir un travail qui nous rend au mieux indifférent. A errer à travers nos vies comme des fantômes qui n'ont de prise sur rien.

Alors on écoute des chansons en fermant les yeux. On regarde des films en fumant des pétards. On va au musée ou on lit des livres et ça nous transporte ailleurs. Pour un moment.

Et ça a toujours été ça, la fonction de l'art. Élever l'esprit vers autre chose. Dépasser notre condition. Nous faire oublier la vie et la mort. Pour un moment.

Et c'est pareil pour la technologie.

La technologie ça a toujours le moyen pour nous d'améliorer notre condition.

De façon concrète et matérielle, en augmentant notre confort de vie. En optimisant notre production.

Et de façon existentielle aussi. En nous faisant avancer. En construisant. Construire collectivement un futur et oublier celui, moins excitant, qui nous attend tous individuellement.

Le berbère n'avait que l'art pour échapper à sa condition. Mais s'il avait pu planter des tomates il aurait planté des tomates. Comme tout le monde. Et il aurait terminé par construire des immeubles et des voitures et des hôpitaux. Comme tout le monde.

L'art. La technologie. Deux façons d'améliorer le présent. De remplir le vide. De donner du sens à la vie.

Et ce qui est vraiment cool c'est qu'aujourd'hui les deux s'entremêlent de plus en plus. D'un point de vue esthétique au moins.

Le design des interfaces est le facteur indispensable à une utilisation de masse.

Et l'utilisation de masse permet la récolte des données, matières premières d'aujourd'hui et surtout de demain.

Le design c'est aussi ce qui permet la visualisation efficace de ces données, leur compréhension, leur interprétation. C'est ce qui leur donne de la valeur.

Alors un peu d'art s'immisce dans la technologie. De plus en plus. Et plus seulement pour "faire joli" comme du temps d'Andy Warhol. Mais pour y prendre une place centrale. Tout le long de la création de valeur.

Et peut-être que les deux choses les plus précieuses de l'humanité ne font-elles que commencer à ne faire qu'un?


"Just a little something to help to keep you high"


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18.3.16

Voyager dans le temps


Vous pensez que dans un futur très lointain, on aura inventé le voyage dans le temps?

En théorie c'est possible. Dans les deux sens. Vers le futur et dans le passé. Donc a priori, si c'est possible on finira bien par l'inventer. Non?

Mais alors vous pouvez m'expliquer pourquoi on n'a jamais reçu de visite de personne venant du futur?

Plusieurs explications existent.



Certains pensent que ces touristes du futur choisissent de rester indétectables.

Parce que s'ils influaient sur notre présent ils créeraient des paradoxes dangereux qui risqueraient de tous nous foutre dans la merde. Par exemple si un de ces touristes tuait un de ses ancêtres.

Quel bordel.

Ils restent donc de simples observateurs prudemment cachés dans l'invisible.

D'autres croient que les voyages dans le temps seront très chers. Ils impliqueront de se télétransporter sur une échelle galactique, et même dans le futur c'est pas donné.

Donc peu de voyages seront effectués. Et notre époque n'étant pas si intéressante que ça, elle pourrait bien ne pas en valoir le coût.

Autre possibilité: voyager dans le temps nécessitera d'établir une communication entre deux points de l'espace-temps. C'est-à-dire que le touriste du futur devra communiquer avec l'époque qu'il souhaite visiter avant d'y voyager.

Une machine permettant cette communication n'ayant pas encore été inventée, les habitants du futur ne peuvent visiter notre époque. Et la date à laquelle cette machine sera inventée sera la première à pouvoir être visitée.

Dernière explication: voyager dans le temps crée une chronologie, une réalité, parallèle à l'original. Justement pour éviter le paradoxe du couillon qui assassine son grand-père.

Et si on considère que nous sommes dans l'original, et bien il nous apparaitra toujours que le voyage dans le temps ne s'est jamais passé. Parce qu'ils n'existent que dans la chronologie parallèle.

Et puis peut-être l'explication la plus probable. Nous n'avons pas reçu de visite d'humains du futur. Et c'est la preuve qu'ils auront disparu avant d'avoir inventé une telle technologie.

Enfin. C'est le genre de trucs auxquels je pense quand j'arrive pas à m'endormir.


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14.12.15

Comment tout changer


Je comprends pas ces filles trop grosses qui disent qu'elles n'arrivent pas à maigrir. C'est pourtant pas compliqué.

Tu enlèves 500 calories par jour et tu perds un kilo par semaine. Après dix semaines t'as perdu 10 kilos. Ca va pas chercher plus loin.



Plus simple et efficace que tous les régimes de magazines.

Et ça demande juste deux choses. Ces deux choses qui sont la clef de tout changement. La discipline, et le temps.

Le temps est une force considérable. La discipline le met de notre côté.

Prenons un autre exemple. Vous avez l'impression d'être bloqué. De ne plus avancer. Vous êtes comme coincé au fond d'un puit dont vous ne pouvez sortir.

Et bien travaillez au moins un peu chaque jour à changer de vie et vous finirez toujours par en sortir.

Vous voulez écrire un livre? Ecrivez une page par jour et en un an vous aurez un livre. Hemingway écrivait 400 mots tous les jours et passait le reste de la journée à boire en tirant au fusil tout ce qui passait devant chez lui.

Apprendre à programmer? Passez trente minutes chaque jour sur w3school ou tout autre et en quelques mois vous construirez vos premières applications.

Baiser des filles sublimes? Abordez-les à chaque occasion. Faites-vous refouler. Apprenez. Recommencer. Jusqu'à ce que vous compreniez comment on fait.

Il n'y a pas de secret. Le temps est une force implacable. Il fait que notre situation converge un peu plus chaque jour vers ce que l'on fait (ou pas) pour s'améliorer. Et avec de la persévérance et de la discipline notre situation convergera vers quelque chose de cool.

C'est pour ça que vous voyez des gens très intelligents qui n'arrivent à rien. J'ai rencontré des clochards beaucoup plus malins que certains de ceux avec qui je travaille et qui réussissent.

C'est une question de discipline. La discipline met le temps de notre côté. Elle peut propulser une même personne aux sommets ou l'entraîner au fond du caniveau. Ce n'est qu'une question de temps.




Pareil quand on n'est pas au top. Parfois je déprime un peu vous savez. Mon cerveau m'emmène dans des endroits que je préférerais ne pas connaître.

Mais il faut vite se mettre un grand coup de pied au cul parce qu'être deprimé rend con. Votre cerveau marche à deux à l'heure. Vous êtes incapable d'articuler la moindre idée ou de faire preuve de créativité.

Et la déprime rend chiant. Elle vous arrache votre personnalité. Vous devenez aussi intéressant qu'une vieille paire de chaussettes parce que vous ne pouvez parler d'autre chose que des problèmes que vous choisissez de ruminer. Et ces problèmes, tout le monde s'en fout.

Mais c'est comme tout. Avec de la discipline et du temps on finit par s'en sortir.

Un truc qui marche bien pour moi: tous les matins quand ça va pas trop au réveil je liste 10 raisons d'être heureux. Ca peut être n'importe quoi. De la ballade qu'on va faire dans le parc au bleu du ciel au dernier petit cul qu'on a niqué. N'importe quoi.

Le tout est d'entraîner son cerveau à sortir des schémas négatifs. De l'entraîner à penser de façon positive. Tous les jours. Parce que chaque fois qu'on se dit qu'on est déprimé on s'enfonce un peu plus.

Le truc qui marche le mieux c'est encore d'avancer tous les jours vers le but qui nous tient à coeur. D'être ambitieux. De prendre sa vie en main. Ne pas la laisser nous glisser entre les doigts. C'est ce qui nous fait nous sentir bien.

Les changements qui comptent n'arrivent presque jamais du jour au lendemain. En général c'est très progressif. Tellement lent qu'on ne les voit pas venir. On se réveille un matin et on se rend compte du chemin parcouru. Ou du temps qu'on a perdu.

Mais si on fait preuve de discipline on peut contrôler la direction que prendront ces changements. Parce que le temps est de notre côté.

90% du succès c'est simplement de s'y mettre et d'y croire.


(Return of the Mack) watch my flow
(You know that I'll be back) here I go

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17.11.15

Les bicycle messengers


Je ne vais pas vous parler de ce qu'il s'est passé.

Déjà parce que je n'ai pas grand chose à ajouter à ce qui est dit.

Mais surtout parce qu'exprimer ici ce que je ressens aurait quelque chose d'indécent. On s'en fout. Je suis en vie et vous aussi. Ceux qui ne le sont plus ont vécu quelque chose à côté de quoi l'expression de notre effroi est insignifiant.

Alors je ne vais pas faire comme la dernière fois et je vais vous parler de tout autre chose. De quelque chose de léger. Après tout, c'est peut-être aussi de ça dont on a besoin.

Je vais vous parler des bicycle messengers. Ces types qui passent la journée à pédaler à fond sur leur fixee à travers tout Manhattan. Ils font partie de ces trucs fun et un peu bizarres de New York.




Déjà leur look est toujours extrême.

Il y a le rasta qu'on croirait tout-droit descendu de sa colline de Jamaïque.

Le métalleux aux piercings partout sur le visage et tatoué sur chaque centimètre carré de peau (de peau visible en tous cas).

Et puis bien sûr le cycliste pur jus avec son équipement fluo-moulant. Vous en voyez chaque été sur le Tour de France et chaque dimanche autour de l'hippodrome de Longchamp. Vous savez de quoi je parle.

Mais peu importe leur style ils ont tous en commun le fait d'aller vite. Vraiment très vite.

Et toujours avec de la musique à fond dans leurs mini-speakers (ils ont tous le même modèle, je sais pas pourquoi).

Vous pouvez deviner le style du bicycle messenger qui approche en tendant l'oreille. Si du reggae joue au loin vous verrez une touffe de dreadlocks vous passer très vite sous les yeux dans les secondes qui suivent. Presque à tous les coups.

Et un autre truc qu'ils ont en commun est le fait de chanter à tue tête en pédalant.

Parce qu'ils sont tous défoncés et que ça leur donne envie de chanter. Il faut beaucoup d'énergie pour pédaler à fond toute la journée vous savez. Une aide chimique est bienvenue. Surtout dans le vélo. C'est pas un mystère.

Un autre truc de marrant avec les bicycle messengers: vous repérez tout-de-suite ceux qui livrent de l'herbe. Ce sont les seuls dont le sac est fermé avec un cadenas.

Leur logique: si un flic les arrête et demande à fouiller leur sac ils disent qu'ils ne connaissent pas le code du cadenas. Le flic doit défoncer le cadenas pour ouvrir le sac. Et ça, le flic n'a pas le droit de le faire. Invasion of private property. C'est du moins ce qu'ils croient. Je sais pas.

Enfin.

Tout ça pour vous dire que j'ai longtemps vécu comme un bicycle messenger.

Je fonçais à travers les années. Complètement défoncé. Incapable de voir au-delà du prochain virage.

Je faisais tout pour ne pas penser à l'avenir parce qu'il me terrifiait.

Alors je faisais en sorte d'être heureux dans le présent. Mais seulement en me défonçant souvent. Sans me donner le moindre mal. Je ne construisais rien. Je me contentais de me sentir bien, confortablement installé au fond de mon divan chimique.

Et d'un coup dix ans avaient passé.

Parce que c'est le problème quand on vit sans but. Les années perdent de leur densité. Et la vie passe très vite.

Il faut s'occuper pour ne pas laisser le temps filer. Construire. Etre actif. Excité. Passionné. Et ne jamais abandonner ou avoir peur de se planter, par fierté. Sinon on a déjà commencé à mourir.

Peut-être que c'est pour ça que les humains ont cette obsession d'avancer toujours plus loin.

Pour ne pas se laisser ronger par l'angoisse qu'une année de plus est aussi une année de moins.

Pour retenir un peu les années. En les faisant compter. Parce que les années, on ne sait jamais combien il en reste. Tout peut s'arrêter d'un coup. Comme ça. Sans prévenir.

Alors ne les laissons jamais nous glisser entre les mains.



"I missed my mark by a thousand miles
Ooh pride, ooh pride"


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2.10.15

Armée de connasses en uniforme


C'est pas marrant d'être une poule de New York. Elles sont tenues à des standards très élevés. Et elles se donnent un mal fou pour être à la hauteur. 



Etre magnifiques. Tout le temps. Talons hauts. Jupe assez courte pour dévoiler de longues jambes bien dessinées. Paire de seins qui doit toujours sembler sur le point de sauter du décolleté. Ventre plat quoi qu'il arrive. Petits abdos en prime. 

Et puis se donner des airs de bombes ne suffit pas. Les filles de New York doivent aussi avoir un bon job. Une carrière toujours prometteuse. Si possible dans un domaine aussi sexy que leur petit cul bien ferme.

Si toutes ces conditions sont réunies elles peuvent commencer à se sentir un peu à leur place dans cette ville. C'est pas facile d'être une fille de New York.

Maintenant comparez-ça au couillon typique d'ici. T-shirt-short-sandales au premier rayon de soleil. Du gras qui dégouline du bide au pire. Au mieux, des muscles gonflés a la créatine. 

Alors bien-sûr. Le but n'est pas d'être la plus attrayante possible pour un prince charmant en tongs. Non. Le but, c'est de justifier sa place dans la compétition acharnée que se livrent toutes les poules entre elles. Une guerre de tranchées. C'est très violent. 




Les filles de New York ne cessent de se comparer entre elles. De se mépriser. De se détester. Même entre BFF. Surtout entre meilleures copines. La guerre est constante et impitoyable.

Ca les rends amères et toujours désireuses de mieux. Jamais satisfaites d'elles-mêmes. Envieuses et insecure. Vraiment, c'est pas marrant d'être une fille de New York.

Mais ça nous amène au meilleur moyen de les séduire. En soulageant cette souffrance. En apaisant toutes ces peines. Ces déchirures de l'ego. Le déspespoir après avoir reçu un coup de trop. Personne n'aime faire la guerre.

Les soulager en leur disant qu'elles sont bien plus belles et plus marrantes et successful que toutes les autres. Qu'elles sont au-dessus de la mêlée. Specials. Vous n'imaginez pas à quel point ça leur fait plaisir.

Et c'est le plus sûr moyen de vous retrouver juste derrière elles une fois qu'elle se sont mises à quatre pattes.

Mais c'est la vérité qui pourrait vraiment les aider.

Leur dire que ce qui est le plus sexy ne parait pas s'en donner autant la peine.

Que ce qui est vraiment sexy est très éloigné du combo talons-hauts-jupe-courte-décolleté-plongeant-brushing-et-maquillage que les New Yorkaises portent comme un uniforme.

Nous-aussi avons besoin de rêver. Et si tu ressembles à toutes les autres tu ne feras jamais rêver personne. Bien-sûr que j'aurais envie de te sauter. Mais ta beauté ne sera que sexuelle. Et quelque part, ton uniforme te rend hideuse.
  
Mais ça, vous ne pouvez pas leur dire trop tôt parce que vous passeriez pour un fou.

C'est comme ça. Et ca ne s'arrête pas là.

On nous dit partout qu'on vit à l'époque de la liberté. Que jamais nous n'avons été aussi libres de faire ce qu'il nous plaît vraiment. D'être celui que l'on est pleinement. De vivre des vies qui nous ressemblent. Et c'est vrai. On le peut. Mais est-ce qu'on le veut vraiment?

La vérité c'est que la conformité est devenu notre nouveau standard. Et plus on est jeune plus c'est le cas. On veut tous faire comme les autres. En un peu mieux si on est ambitieux. 

Mais on n'invente pas. On crée de moins en moins. On a fini d'être impertinent. De rejeter le monde de nos parents pour en inventer un nouveau. D'imaginer quelque chose de différent. On cherche juste à s'insérer dans celui qui existe déjà. A se conformer. Les jeunes n'ont jamais été si vieux.

Pourquoi? Je sais pas. Peut-être parce qu'on est tous hyper-connectés. Que la masse des gens prend de plus en plus de poids et qu'il devient trop risqué de se distinguer. Que la planète devient une sorte de petit village où chacun te regarde par le trou de sa lorgnette.

Ou peut-être parce que le monde avance si vite qu'on n'y comprend plus grand chose. Ca rend humble. Et peureux. Ce monde qui grossit tellement sans que tu n'y comprenne rien, il va te bouffer si tu bouges d'une oreille. Alors sois sage et tais-toi.

J'en sais rien. 

Peut-être aussi que ce n'est qu'une passade. Une sorte de transition vers quelque chose de plus funky.

Un monde ou le plus petit dénominateur commun cesse d'être la norme. Et au centre duquel les filles ressemblent à des filles et non-plus à une armée de connasses en uniforme. 


'Kick me like you've kicked before,
I can't even feel the pain no more.'

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23.9.15

Vivre sans talent


Soyons francs. Mes talents sont limités.

Si vous cherchez quelqu'un pour sauver le monde vous attardez pas trop par ici. Je ne suis pas de ceux qui réalisent de grandes choses.

Après dans ce que je fais pour gagner ma croute je ne suis pas non-plus trop mauvais. Mais on ne va pas se mentir. Je ne suis pas très bon. Loin de là. Aucun talent en particulier. Dans certains cercles on me qualifiera de looser sans trop hésiter.

C'est la vérité toute simple. Toute nue. Et ne me plaignez pas parce que c'est quelque chose que j'ai fini par accepter. Je ne suis pas "spécial". Ca me va. Parce que ça a longtemps été bien pire.

Pendant très longtemps j'ai navigué sans but. Sans rien à accomplir en me levant le matin.

Pendant près de dix ans j'ai eu l'impression d'être en train de tomber. Chute libre. Sans rien pour la stabiliser.

En tombant, je fixais des prises en forme de rêves. Et j'essayais de les attraper pour me retenir. Mais c'était toujours en vain. Elles me filaient entre les mains et je tombais toujours un peu plus vite.

Et puis dans cette absence de tout j'ai découvert quelque chose qui semblait stabiliser ma chute. L'amour. Les filles. Alors je me suis mis à aligner les histoires d'amour comme d'autres enchaînent les jobs.

Et puis à ses histoires d'amour se sont superposées des "conquêtes". Les filles que l'on rencontre pour quelques heures ou quelques jours.

Elles me permettaient de posséder quelque chose que m'enviaient ceux que j'enviais. Flatteries de l'ego. Elles sont devenues essentielles.



Tu me crois bon à rien hein? C'est sûrement le cas. Toi tu as un bon job. Ta vie bien en main. A côté je ne suis presque rien. C'est la différence entre toi et moi.

Mais je vois bien l'oeil avec lequel tu reluques la fille que je suis sur le point de ramener chez moi. Ce regard d'envie impuissante. Des comme ça tu n'en touches que lorsque tu rêves. Ta bite bien en main. Elles te sont refusées. Ca c'est pas pour toi. Une autre différence entre toi et moi.

Je possédais ce que tant d'autres désiraient et quelque part ça rassurait. Même si par ailleurs je n'avais rien.

Ces conquêtes vous sembleront surement de maigres consolation face à la chute libre qu'était ma vie. Et vous auriez raison. Mais parfois elles me faisaient oublier que j'étais en train de tomber. Elles me donnaient l'impression d'être en train de voler.

Alors bien-sȗr que cette impression n'était qu'une impression. Et que j'ai fini par me fracasser par terre.

Mais si ma vie manquait de direction elle a toujours eu un sens. Un sens qui a toujours été très simple. Qui n'a jamais changé. Celui de vivre. Tout simplement. D'être heureux, même si ça n'est qu'entre les moments d'angoisse. Que dans la solitude de la chute.

Etre heureux d'être en vie. Se nourrir du ravissement qu'est le présent. Profiter de la vie. Et surtout des filles.

Ce sens, si simple, me consolait du manque de direction.

Et ainsi les filles ont donné tout son sens à ma vie. Elles m'ont permis de vraiment en profiter quand bien-même j'étais en train de tomber.

Pour ça je ne les remercierai jamais assez.


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20.8.15

Les folles


Il existe dans la vie des points de rupture. Des moments où l'on décide de tout changer.

J'ai passé plus de 15 ans dans une sorte de brouillard. Je ne regrette pas ces années. Elles ont toutes comptées. Mais aujourd'hui j'essaye d'en sortir. J'ai pas mal changé depuis qu'on s'est laissé.

Déjà fumer c'est terminé. Cigarettes et tout le reste. Plus de drogues ou si peu. Bravo. Merci. Ca fait presque 8 mois.

pill


Ca aura pas été facile et j'y pense à peu près tous les jours vous savez. Alors pour compenser je me suis mis à faire du sport. Beaucoup de sport. Et à bouffer que des trucs bons pour la santé aussi. Fini les steaks de steroïds et le poulet aux antibiotiques.

Ca a l'air chiant à mourir mais vous savez quoi? C'est pas si mal que ca. Je pète la forme et les crises d'angoisse semblent terminées.

Par contre mon esprit s'est éclairci. J'y vois plus clair. Et ça c'est pas forcément mieux.

Le passé ressurgit en rafales de flashbacks. C'est comme des pointes qui piquent à travers le brouillard des années.

Des souvenirs lointains pointent le bout de leur nez. Des évènements complètement oubliés m'obsèdent toute une journée. Je regrette ce que j'ai mal fait - beaucoup plus ce que je n'ai pas fait.

Le lien entre ma situation d'aujourd'hui et celui que je serai demain me semble limpide. Bref. J'y vois plus clair.

Mais je réalise aussi certains trucs auxquels je n'avais jamais vraiment pensé.

Par exemple: je n'ai jamais aimé que les folles. Les filles complètement cinglées. Les seules qui me fassent vraiment bander.

Ce sont Anne et Liz qui m'en ont fait prendre conscience. Deux filles rencontrées le mois dernier.

Anne. Journaliste suèdoise. Très beau visage. Grande blonde et mince. On s'est rencontré dans un bar de Greenwich Avenue et elle portait un petit short noir avec des collants noirs et un blouson de cuir.

On s'est mis à discuter. Impossible d'empêcher mon regard de glisser le long de ses jambes. Pareil pour le mec d'à-côté d'ailleurs.

Au début elle avait l'air plutôt normale. Très marrante aussi. Et puis elle s'est mise à parler de son boulot.

Le kif d'Anne c'est les emmerdes. Les vrais. Et je ne vous parle pas de la clef qu'on a oubliée dans l'appart'. Plutôt de ceux qui se terminent par des morts. Beaucoup de morts.

Elle aime tellement ça que c'est son job. Reporter specialisée dans les catastrophes. Les typhoons aux Philippines avec des rues jonchées de cadavres. Le Japon, mais seulement juste après qu'une centrale nucléaire ait explosé. C'est ça qui la fait triper.

Elle a été à Caracas aussi mais seulement pour interviewer le chef du gang responsable de la plupart des enlèvements du pays. Un type assez dangereux. Elle l'a rencontré chez lui. Elle s'était mise à sa merci complète mais la petite avait encore tous ses doigts.

Moi les emmerdes, j'essaye plutôt de les éviter. Elle se mettait la tête dedans jusqu'au cou. C'est la seule chose qui la fasse vibrer.

Juste avant qu'on aille chez elle Anne m'a avoué que depuis toute petite elle est fascinée par les infos à la télé. Par le fait que l'attention du monde entier puisse se porter à un endroit particulier. Au même instant. Elle veut se trouver exactement là où toutes les caméras sont tournées.

Au milieu de la plus grande misère. On a niqué comme rarement j'ai niqué. Crazy in the bed crazy in the head comme ils disent.

Alors Anne c'est une chose. Mais Liz c'en est une autre. Une vraie dingue. Folle à lier.

folle


On s'est aussi rencontré dans un bar et elle était déjà ivre morte. Ivre morte. Elle tombait de son tabouret toutes les deux secondes.

Alors en bon chacal qui a senti le coup facile je me suis assis à-côté d'elle. Elle s'est approchée pour me montrer ses photos Instagram.

Après trois minutes elle m'a demandé pourquoi je ne l'avais pas encore embrassée. Je l'ai embrassée. Elle m'a mordu la lèvre comme une affamée en me serrant la bite à travers le pantalon.

On est sorti de ce bar et Liz s'est mise à marcher. C'était une bombe atomique. 9/10 minimum. Niveau mannequin, vraiment. Très grande, avec une longue robe rouge qui lui collait le long de son corps très fin. Plutôt musclé. Rien que de la regarder marcher et j'en avais déjà une mi-molle.

On marchait dans la rue en s'embrassant et j'étais maintenant excité au point de lui attraper les fesses à pleines mains. En pleine rue. Et son cul était vraiment fantastique. Elle m'a sussurré a l'oreille que je n'en verrai pas beaucoup des comme-ça dans ma vie. J'en pouvais plus.

Elle m'a dit qu'elle habitait dans le coin alors on s'est dirigé vers chez elle. Chaque atome de mon corps tendait vers un seul but: la niquer.

Mais en arrivant en bas de son immeuble elle m'a dit que je ne pouvais pas monter. Qu'elle n'était certainement pas le genre de filles à faire monter des types chez elle juste après les avoir rencontrés. Grosse surprise. Douche froide.

Liz m'a donc demandé de la suivre et on s'est embrassé sur un banc pas loin de chez elle pendant au moins une heure. Je l'ai un peu doigtée aussi.

J'insistais un peu. Mais il n'avait rien à faire. Je ne mettrais pas les pieds chez elle ce soir.

Alors cette fois c'est moi qui lui ai demandé de me suivre. On est entré dans Riverside, le parc juste en face. Il était environ trois heures du matin. Et parce qu'elle n'était pas le genre de filles à ramener des types à la maison comme ça je l'ai niquée contre le mur du parc en levrette.

Elle a gardé ses talons hauts. Seul son petit cul franchement incroyable dépassait de sa robe rouge. Pour bien se faire défoncer. Je passais mes mains sous sa robe pour les faire courir le long de ses longues jambes fines. Ses muscles se contractaient. Elle était en train de jouir. Une baise crade avec une fille sublime.

 Trois jours plus tard je faisais tranquillement mon footing quotidien le long de l'Hudson. Il faisait beau et très chaud. Et devinez qui je croise cinq minutes après être repassé devant ce mur de Riverside Park?

Nos regards se sont croisés. Elle était avec un mec. Il portait une alliance et elle aussi. Pendant quelques secondes Liz semblait se dire qu'on s'était déjà vu quelque part, sans avoir la moindre idée d'où on se connaissait. Si toutefois on se connaissait.

Une vraie folle. De loin les plus funs.

Certaines choses ne changeront probablement pas.


Hey
You're crazy bitch

--

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18.5.15

Ta bite en ligne


Vous avez entendu la dernière de Depardieu à Cannes? Comme quoi les Seventies étaient tellement plus fun? Tellement plus excitantes qu'aujourd'hui?



Dans 100 ans plus personne ne se souviendra de notre époque d'après lui.

Eh ben il m'aura foutu le cafard pour toute la journée ce couillon. Mais il faut bien reconnaître que quelque part il a raison. C'est vrai qu'on ne bande plus autant qu'avant.

On est passé d'un monde fasciné par le fait de se poser sur la Lune à un autre, très différent.

Un monde hypnotisé par les millions de ceux qui inventent des applications où on parle essentiellement de bites (YikYak), où on montre principalement sa bite (Snapchat), où on se l'astique la larme à l'oeil devant la vie stylisée de nos ami(e)s (Facebook).

Un monde où on fixe constamment son portable comme des autistes plutôt que de se rouler des pêles comme à l'ancienne.

On est passé d'une époque où on trippait sous champi entre deux orgies à un monde qui nous envoie derrière les barreaux pour un verre de trop.

Et puis regardez la télé. C'est vrai qu'avant on pouvait y dire à peu près ce qu'on voulait. C'était une petite fenêtre sur la réalité de ceux qui avaient la chance d'y passer.

Alors on les remerciait de nous laisser entendre toutes les saloperies qu'ils avaient à raconter.

Aujourd'hui les médias sont sociaux. C'est-à-dire qu'ils vont racler dans les recoins de toutes les vies.

La star c'est toi et tous les autres. Alors faisons bien gaffe à ne choquer personne. A ne pas trop se différencier. Le flicage est généralisé. On est passé de l'audace à la lâcheté.

Et puis avant la télé faisait rêver en fabriquant des stars, inaccessibles. Aujourd'hui Rihanna pète sur Vine et Pamela se fait défoncer sur Youporn.

p'tit cul


Les stars sont mortes et on nous prend peut-être un peu moins pour des cons. Mais les vies qu'on observe sont désormais celles de nos 'amis' qui tapent des duck faces en faisant semblant de s'éclater.

C'est beaucoup mieux vous pensez?

Des gens juste comme toi. Mais en tellement plus heureux.

Enfin, plus heureux en apparence parce qu'après avoir retiré tous les filtres ça n'en jette pas autant. Mais ça peut faire déprimer. Alors qu'avant même si on était un peu couillon et ben les vies qu'on contemplait, elles nous faisaient rêver.

Et puis avant le futur aussi faisait rêver. Il excitait. Collectivement. On s'était posé sur la Lune putain!

Aujourd'hui le futur fait peur parce que personne n'a la moindre idée de ce à quoi il ressemblera. On vit dans un état d'angoisse généralisée. Rêver à l'échelle de la société, c'est terminé.

Tout ça, c'est vrai.

Collectivement on a perdu. Mais on a aussi beaucoup gagné au niveau individuel.

Réflechissez-y.

Avant on était libre d'ouvrir sa gueule mais on était aussi coincé dans des vies qui se ressemblaient beaucoup entre elles.

On bossait tous dans des grosses boîtes. On gardait le même job toute sa vie.

Et surtout on collait au modèle du mâle blanc dominant ou de la ménagère de moins de cinquante ans. Parce que sinon on était 'un marginal'.

Alors heureusement qu'on pouvait tingler la secrétaire entre deux cafés et balancer des trucs racistes pour se détendre un peu.

fessee

Aujourd'hui on a peut-être cessé de rêver collectivement mais on peut commencer à rêver un peu pour soi. A prendre sa vie en main. Parce que toutes les barrières sont en train de sauter.

Chacun peut se créer son propre job. Un job qui nous plaît vraiment. Pour vivre sa vraie vie. Sans rien attendre de personne.

Ca devient même une nécessité dans un monde où la classe moyenne se fait virer en masse.

Alors oui, on a perdu une certaine liberté d'être. Mais on a aussi gagné celle de faire.

On a la possibilité de faire des vrais choix. De vivre sa propre vie. Même si l'avenir est incertain. Même si c'est pas aussi confortable qu'avant. Même si on a cessé de rêver tous ensemble.

Et dans 100 ans personne ne se souviendra de ce début de siècle mais c'est pas si grave. Tant qu'on aura vécu des vies qui nous ressemblent.



'I don't mind
Mind, don't have a mind'
Nirvana -- Breed
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28.4.15

Secrets


J'étais assis en costume gris sur les marches de la Défense. Je mâchais mon sandwich d'un air déprimé. Prêt à craquer.

Mon regard vide contemplait ce que ma vie avait été. Les émotions de l'enfance. Les rêves de l'adolescence. Tout ça semblait tellement loin. Il n'en restait presque rien.

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J'étais un cadre déprimé. Un paumé affairé qui avait presque trente ans et plus la moindre envie.

Comment j'en étais arrivé là? J'avais pourtant fait tout ce qu'on m'avait dit..

Et c'était tout le problème.

J'avais tellement écouté ma famille mes amis le monde entier que je ne m'entendais même plus.

J'étais un type performant. Une sorte d"'étoile montante'. Un cadre voyageur. J'étais celui qui commençait à être respecté par ses collègues et par la société - pour beaucoup j'avais un job de rêve.

Mais tout ça ce n'était pas moi. Je voulais autre chose. Et je m'en voulais d'avoir été si loin sur un chemin qui n'était pas le mien.

De la mayo venait de me tomber sur la cravate. Putain c'est sûr ça fera une tâche. C'était sûrement pour me rappeler que j'étais un porc et sûrement pas un professionnel tiré à quatre épingles.

Le truc c'est que j'étais tombé dans le piège à cons. J'avais joué le jeu de la compétition.

Travailler pour avoir les meilleures notes à l'école. Puis se battre avec des gens au-moins aussi intelligents que vous pour décrocher les meilleurs jobs.

Et aujourd'hui je continuais à me démener pour faire comme tous les autres mais en un peu mieux. Se distinguer dans le minuscule. C'est comme ça qu'on se retrouve avec la laisse au cou. C'est comme ça qu'on se retrouve à passer à côté de sa vraie vie.

nue a la plage
Ma vraie vie. Juste ici

Alors qu'au fond ce que je voulais vraiment c'était faire quelque chose de différent. Créer quelque chose qui soit unique.

Mais putain ce qu'on en était loin.

Et il fallait pas se mentir. Si je m'étais tant éloigné de mon chemin c'est parce que j'avais peur. Peur de faire autre chose que ce qu'on me disait.

J'étais devenu une tapette que le bruit assourdissait. Le bruit de tous ceux qui me disaient ce qu'on attendait de moi. J'avais suivi leur chemin et je m'étais perdu.

Alors sur ces marches grises j'ai décidé de me retrouver.

J'ai fait bouillir ma vie pour la réduire à l'essentiel. A ses composantes les plus fondamentales. A celui que j'étais vraiment.

Déjà je détestais l'idée 'd'avoir une carrière'. Parce que ça voulait dire s'imposer des limites. Borner sa vie.

Ces limites étaient les murs de ma prison. Savoir plus ou moins à quoi ressemblerait ma vie dans dix ans me donnait envie de me jeter sous le train de la ligne 1.

J'étais aussi un type qui avait une tonne de défauts mais au moins une qualité. La curiosité.

J'avais commencé par être curieux de la Nature. Au lycée je voulais même devenir une sorte de scientifique vous savez. Mais on m'en a dissuadé. Tu devras vendre des jeans le weekend pour emmener tes enfants en vacances. Ok. Tant pis.

Puis je me suis demandé comment fonctionnait le monde des Hommes. Et surtout le business parce qu'après-tout c'est ce qui expliquait le mieux le monde d'hier et celui d'aujourd'hui.

Et puis juste avant de me perdre je me suis passionné pour les nouvelles technologies.

Parce que c'était le moyen de construire des entreprises gigantesques en se posant la seule question qui vaille: quels sont les secrets des Hommes?

Quelles sont ces choses cachées, qu'on n'ose révéler à personne et parfois même pas à soi-même? Ces choses qui touchent vraiment à l'essentiel.

Débusquer ces secrets était le meilleur moyen d'y réussir alors j'avais envie d'y réussir.

Alors bien sûr. Souvent ces secrets étaient 'dirty'.

think dirty

Facebook par exemple. Nous sommes tous des voyeurs qui devons savoir ce qu'il se passe dans la vie des autres. On ne le dit pas. Mais on sait bien que c'est le cas.

'We're on a mission to connect the World'. Tu parles. Surtout pour qu'on puisse tous se regarder dans le trou du cul les uns des autres oui.

Mais il y a aussi de 'bons' secrets à découvrir. Sans forcément aller racler le fond de crasse de nos cerveaux.

Ces secrets sont nombreux dans un monde où les apparences ont tant d'importance. Où la pensée dominante semble être la seule existante. Et ils empêchent le monde de tourner aussi rond qu'il le pourrait.

Pensez-y. A quoi ressemblerait un monde où les pesanteurs de la société n'existeraient plus?

Et surtout: en quoi ce monde serait différent de celui dans lequel nous vivons?

C'est dans ces différences que se cachent nos secrets. Ceux qui résident dans le creux de nos âmes. Ceux qui font qu'un Homme est un Homme. Et qui nous font perdre l'équilibre tant qu'ils restent sans réponse.

Je devais découvrir ces secrets et aider ceux qui y apportent des solutions. Voilà ce qui allait unifier le petit garçon curieux, l'adolescent qui rêvait d'aventures et le cadre frustré.

Voilà aussi ce qui allait me différencier de tous les nerds de la Silicon Valley. De tous ces génies qui pensent pareil. Qui se battent pour trouver des 'solutions' à des 'problèmes' qu'ils sont des milliers à essayer de résoudre avec les mêmes idées.

Voilà qui allait enfin donner une direction à ma vie. Cette journée allait compter.

Alors quelques semaines plus tard je quittais mon travail. Et quelques mois après j'avais quitté mon pays. Pour voir ce que demain me réservait. J'en bandais déjà.

Et je décrirai mes aventures et certains de ces secrets là où chacun y aurait accès.


'Suddenly i'm this punk rock star
Of stage and screen
And i ain't never
I'm never turning back'

-- Hedwig and the Angry Inch - Wig in a Box
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24.3.15

La tragédie de Romy


On venait à peine de s'asseoir dans ce strip club que Romy se faisait déjà masser la bite par une stripteaseuse.

Puis une autre lui est montée sur les genoux. Et une autre. Et encore une autre.

Romy avait disparu sous une marée de corps sublimes juste en strings. On ne le voyait plus. Et ce couillon s'est éjaculé dessus.

C'était à la veille de son mariage, il y a presque 10 ans.

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Si Romy était si excité c'est que sa femme est la seule qu'il n'ait jamais touchée. Et à ce jour il ne l'a jamais trompée. Jamais.

Mais il y pense toute la journée.

Une seule chose le retient. La peur. La peur a guidé Romy toute sa vie.

C'est le cas pour beaucoup de gens que je connais vous savez. Ils ont peur de tout. Mais c'est pas de leur faute. Ils ont peur parce que c'est ce qu'on leur a appris à l'école.

Ils obéissent à leur famille à leurs amis à leurs professeurs aux actus et à tout ce qu'on leur raconte parce qu'ils redoutent ce qu'il pourrait se passer s'ils faisaient autrement.

Alors ils se retrouvent enfermés dans des vies confortables mais qui les ennuient un peu. Beaucoup. Et souvent aussi on profite d'eux.

Mais bon. Pour Romy c'est différent.

Sa peur, il ne la tient pas de son éducation ou de ses amis mais de son égoïsme.

Un égoïsme gigantesque qui rétrécit le monde. Qui conduit à avoir peur. Et vous retire peu à peu tout ce que vous avez.

Romy c'est mon plus vieux pote - lui et moi on se connait depuis qu'on a six ans.

Romy, c'est ce pote dont on a choisi d'accepter les défauts. En particulier cette habitude qu'il a de toujours essayer de vous niquer.

Au collège par exemple il s'était mis à vendre des lignes de téléphone portable. A cette époque les magasins vous offraient systématiquement un téléphone si vous ouvriez une ligne.

Et bien Romy essayait toujours de vendre des lignes à votre grand-mère pour garder le téléphone qui lui revenait. Elle savait pas la pauvre. Elle voulait jute qu'on puisse l'appeler. Et Romy le revendait trois fois le prix à celle d'un autre.

Puis au lycée il tentait de nous vendre de l'herbe cinq fois le prix en nous assurant que "si si elle vient d'Amsterdam" alors qu'elle venait vraiment de la cité d'à-côté. Et quand on roulait un joint il le fumait tout seul en quinze secondes et nous laissait les deux lattes qui restaient. Ca va Romy tu peux le garder merci.

Ensuite il s'est trouvé une passion pour le poker et a consacré toute son inventivité à trouver les meilleurs moyens de tricher. Une autre façon d'essayer de nous niquer.

Tout ça est la stricte vérité.

Pour Romy rien n'était jamais désintéressé. Tout a un prix et surtout pour ses amis. Parce que pour lui la vie est un jeu à somme nulle: si vous perdez c'est forcément qu'il a gagné. C'est sa vision du monde et de l'amitié.

Et c'est pour ça que tout le monde détestait Romy.

Mais Romy avait aussi des rêves vous savez. Des rêves si grandioses qu'il les partageait en en parlant sans s'arrêter. Des rêves auxquels il croyait tellement que vous vous surpreniez à y croire un peu vous-aussi.

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Il serait à la tête d'une gigantesques société d'import-export. Elle lui permettrait de voyager à travers le monde et ferait de lui un milliardaire.

Il aurait des appartement dans le monde entier parce que ses millions il voulait les investir dans l'immobilier. A Tokyo, Miami et Sydney. Et dans des boîtes de nuit dans toutes ces villes aussi parce qu'il fallait bien s'amuser.

Sa vie serait faite d'opportunités à étudier. De top-models de tous les côtés. Il avait le monde entier à dominer.

Mais de tout ça il ne s'est rien passé. Aujourd'hui, la vie de Romy c'est plein de petits business qui ont échoué et un petit appartement qu'il partage avec sa femme. A Puteaux.

Une immense frustration. Et beaucoup de tristesse. Que s'est-il passé?

Romy c'est l'araignée qui voulait être abeille.

L'araignée survit en piégant le reste du monde.

Elle tisse sa toile avec sa propre merde et attend, immobile, que sa proie s'y prenne. Le monde est réduit à un petit endroit fermé dont il faut tirer le maximum. Qu'il faut sucer jusqu'à la moelle pour espérer survivre.

Mais la réalité est différente. Quand vous donnez, votre monde s'agrandit. Parfois il s'étend même vers l'infini.

L'abeille ne s'enferme pas comme une conne dans la cave. Elle se ballade un peu partout. Elle butine et pollinise. Et quand elle se nourrit le monde s'agrandit.

Le monde de l'abeille est infini.

Pour survivre Romy doit tirer tout ce qu'il peut d'un monde que l'égoisme a rétrécit. Son seul espoir, c'est de briller dans la cave de son esprit.

Alors forcément Romy s'est mis à avoir peur parce que son monde était tout petit.

Peur de perdre le peu qu'il avait parce que dans son monde il n'avait aucune chance de le récupérer. Les seuls envers lesquels je l'ai vu faire preuve de générosité étaient clochards. Il avait si peur de leur ressembler..

Ne jamais rien donner. Prendre autant qu'il le pouvait. Et surtout ne rien risquer, par peur de se retrouver sans rien.

Romy avait le monde à conquérir mais était trop occupé à défendre ce à quoi il pouvait s'agriper. Et en particulier il s'est marié avec la première fille qui l'ait acceptée.

Cette fille, pour des raisons qui lui appartiennent, a décidé d'utiliser la peur de mon ami pour le dominer. Pour le dompter.

Pour détruire tous ses rêves. Anéantir son identité. Assassiner sa sexualité.

Et aujourd'hui de Romy il ne reste presque rien.

Ne devenez pas comme lui.


'Don't give up on your dreams
Or they will give up on you'
-- Seasick Steve - It's a long long way
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